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Lancement de FF XIII: Le show froid.
Focus Lancement de FF XIII: Le show froid.
09/03/2010 à 02:03 - PS3, X360
Une petite soirée « exceptionnelle » au goût amer de non-événement, caractérisée par une autosuffisance et un manque de respect flagrant à l’égard des fans. Et pourtant ils étaient là, et nombreux…

L'idée du lancement nocturne type "D-Day" fait son chemin en France. Après World of Warcraft ou Call of Duty : Modern Warfare 2, la méga-licence de Square Enix s'offre elle aussi les Champs Elysées le temps d'une soirée « exceptionnelle », sensée rassembler créateurs et fans ; contenter tout le monde à grands coups d'exclusivités, de VIP, de collector et de prix attractifs. Mais parfois la montagne accouche d'une souris, et la fête sympathique devient un non-évènement mercantile et pénible.

 

 

Le concept des lancements nocturnes à l'américaine, jadis propres aux avant-premières de cinéma, a logiquement gagné  l'industrie du jeu vidéo, et ce depuis son "ouverture" au grand public ; c'est-à-dire depuis l'émergence d'une rentabilité de masse. Elle permet à certaines enseignes partenaires de doubler la concurrence, et d'attirer sur elles l'attention médiatique et financière par un opportun placement de leur image, en association avec une licence bankable.

 

On l'a vu avec Star Wars, Harry Potter, Spiderman ou récemment Avatar. On l'a aussi vu avec le lancement à minuit de la PS3 (le 23 mars 2006), puis avec l'immense succès partagé entre la Fnac et le Virgin Megastore pour le lancement de la seconde extension de World of Warcraft à l'automne 2008 et, plus récemment, pour celui de Heavy Rain. Il était donc logique de voir une des plus grosses licences de ce média, tant en termes financiers que pour son rayonnement exceptionnel auprès des fans, sauter le pas à son tour et venir jouer les durs avec un lancement lumineux et chic dans un Paris by night propice à l'autosatisfaction (à l'instar de FFXII en son temps, en toutefois bien plus prétentieux).

 

Et ça, du nombril, il y en avait. Carton plein même. Les VIP (pour ne pas les citer, Frédéric Lopez, Jean-Paul Rouve, Cyril Hanouna, Thomas Dutronc, Titoff, Passi, le groupe Kyo... ou encore Miss France) frayaient avec des experts reconnus en jeux vidéo, et encore plus en RPG, ces derniers se gargarisant de private jokes entre deux regards méprisants à l'égard des journalistes (que de la presse spécialisée, vous comprenez) ; se renvoyant gentiment la balle de l'humour light à deux francs entre deux makis végétariens, une coupe à la main avec l'indécence de faire leur promo devant des caméras, excités à l'idée de recevoir un gotha qui dissimulait difficilement son malaise d'être aussi proche de la plèbe. Le tout était évidemment retransmis, avec toute la suffisance crasse dont sont capables les grandes enseignes, sur des écrans géants situés à l'extérieur, afin de nourrir de leurs bonnes intentions dess centaines de fans à l'enthousiasme transi par le froid.

 

Un spectacle hallucinant de déconnexion avec le sujet de la soirée : Final Fantasy XIII.

 

Mention spéciale à Miss France, Candide parmi les Candides, qui se demandait vraiment ce qu'elle foutait là. Néanmoins, très pro, elle s'est fendue d'une longue et technique explication, révélatrice de son implication et de sa geekitude. La voici ici, retranscrite dans son intégralité :

 

Animateur, très Paris Dernière-Style : Alors, Miss France, qu'est-ce qui vous plaît le plus dans Final Fantasy XIII ?

Miss France, très concentrée : J'ai particulièrement apprécié l'ambiance sonore ainsi que l'univers, qui est très réussi.

Animateur : Tout à fait, la bande son est magnifique, je rappelle d'ailleurs qu'elle est en vente ici-même, tout comme le dernier album de Leona Lewis qui a signé [sic] la chanson du jeu [re-sic]. Et bien merci Miss France pour cette interview ! [re-re-sic].

 

Si les propos ne sont pas exacts, ne vous inquiétez-pas, nos confrères ne manqueront pas, je pense, de vous la faire partager dans son intégralité. Ne serait-ce que pour prouver que le jeu vidéo devient tendance [re-re-re sic].

 

S'ensuit un grand moment de solitude où la Miss, se croyant dégagée de toute obligation, se laisse aller et offre à une caméra toujours braquée sur elle une mine déconfite et creuse, avant de s'en apercevoir et, se ressaisissant, d'enchaîner sur un sourire parfait.

 

Pendant ce temps, dehors, les fans se gèlent les miches. Heureusement, pour les faire patienter, l'organisateur a eu l'idée géniale de faire intervenir quelques artistes ; qui ont fait le spectacle et qui, bien que peau de chagrin ou peinture sur merde (égale propreté), ont fait leurs cabrioles avec un professionnalisme déconcertant. Entre le lanceur de bâtons et le « magicien », il y avait de quoi voir... pour ceux qui étaient devant.

 

On ne voit toujours pas le rapport avec FFXIII, et à quelques minutes du décollage vers Cocoon, nous avions abandonné tout espoir. Pives s'est d'ailleurs risqué à une blague qui a fait hurler de rire Jay : « Ils auraient dû prévoir un train pour qu'on les déporte. Là, ça aurait collé au jeu ».

Signalons aussi le sculpteur nippon qui a besogné plusieurs heures durant un bloc de glace avant d'en sortir une forme - relativement - proche d'Odin. A sa décharge, il ne disposait que d'un « parc de 3m² », harassé par le vent, les cris de la foule et les nombreux passages en tout genre. Jay, qui s'est visiblement découvert une âme ce soir [N'exagérons rien...], est d'ailleurs aller le féliciter. Le bonhomme lui a répondu par un simple sourire, bien qu'il fût trempé jusqu'aux os. La classe de l'abnégation.

 

Le compte à rebours atteignant bientôt son terme, les fans se préparent à acheter le jeu (avec une petite réduction) et tenter d'obtenir le super-objet-collector (soi-disant limité à 300 exemplaires) : un fourreau permettant le rangement du boîtier normal, avec un artwork différent. On se met alors en place pour accueillir les premiers acheteurs. La haie d'honneur est installée dans l'escalier, Cloud et Aerith paradent dans le hall, un Odin de glace bleue accueille les heureux élus, le staff se prépare à dédicacer son œuvre.

 

Mais le carosse se transforme vite en citrouille. Les VIP ont fui les lieux cinq minutes avant le début réel de la soirée, le moment où ces gens, là, les heu... clients anonymes (au sens sale du terme) venaient vivre leur passion. Puis Kitase et Kamikokuryo disparaissent à leur tour, vingt minutes après l'ouverture, pour ne jamais revenir. C'en est fini des dédicaces, tant pis pour les 3000 personnes restantes qui sont venus juste pour ça (certaines venant des très loin, d'Europe, de Californie, voire même du Japon pour une équipe de TV et certains fans hardcore).

 

Mais le plus exaspérant reste à venir, car les deux invités n'y sont pour rien, comme en témoigne un fan, qui a eu la bonne idée de poser la question suivante à Kitase : « Est-ce vous qui avez limité les dédicaces à 50 ? ». Et le producteur de répondre : « Nous nous sommes déplacés pour nos fans français, nous sommes prêts à faire la dédicace pour tout le monde. » Cette transcription et d'autres commentaires tout aussi éloquents se trouvent sur le blog du fan en question.

 

Le responsable de l'organisation, qui a déjà perpétré le même foutage de gueule pour le lancement de Heavy Rain, a simplement et arbitrairement décidé de tout stopper après les 120 premiers fans (et après négociations tendues avec ces derniers). Du côté organisateur, on parle de 250.

 

D'ailleurs, aux instants des premiers refoulés, nous étions - par malchance - dans le coin et nous entendons : « Non mais les dédicaces, c'est fini. Vous ne pouvez pas passer ». Mouvement de protestation : « Mais je faisais partie des 130 sélectionnés ». Retrouvé dehors, le fan en question fulmine : « c'est dégueulasse, ça m'énerve. On nous prend vraiment pour des cons. A la limite, les autres, derrière, je m'en fous, mais moi j'étais dans les sélectionnés ! ».

Jay essaye de le calmer et va voir l'animateur principal de la soirée.

 

Le même qui faisait le saltimbanque des heures plus tôt en distribuant des goodies, avec un collègue doté d'une voix de canard. Il lui dit texto : « Dis, j'ai entendu dire en bas qu'il n'y a plus de dédicaces. Visiblement, les invités ne sont plus là. Ce serait bien si tu faisais un geste pour les gens. Parce que faire des blagues pendant des heures, c'est bien. Les laisser mourir de froid encore deux heures alors qu'ils n'auront vraisemblablement pas de dédicaces, c'est moyen. Enfin, tu vois quoi. C'est pas des animaux ».

Visiblement dépassé par les événements, l'animateur, gêné, acquiesce immédiatement et disparait pendant 20 minutes, sans doute pour obtenir une autorisation. 

Pendant ce temps, nous restons à la sortie en observant les mouvements de colère des fans ressortis sans leur dédicace. L'animateur revient.

Une annonce a enfin lieu, laconique et habilement floue, mais le maître de cérémonie tient un argument de poids: deux vinyles dédicacés du... dernier album de Leona Lewis. Genre : "vous êtes venus pour avoir une dédicace de Kitase et Kamikokuryo, je suis désolé. En revanche, j'ai deux disques pour vous parce qu'on est trop sympas". A l'intention d'environ 2500 personnes, qui attendaient depuis au moins 3 heures, selon les dires d'un petit groupe que Jay a alpagué en bout de queue.

 

Presque drôle, mais non en fait. Triste, et révélateur du fait que les organisateurs se foutent royalement des fans (qui sont également leurs clients, ils devraient essayer de s'en rappeler, ceux-là ne repartaient pas les mains vides...), ne retirant un maximum de bénéfices qu'au prix d'un fan-service minimum et mensonger. Les goodies au rabais (étui de cartes postales, calendriers avec les artworks des personnages) font leur apparition et consolent les acheteurs.

 

Une caissière me confie que la fermeture était prévue à minuit, mais que les organisateurs ont d'ores et déjà prévu une grosse rallonge, surpris semble-t-il par l'affluence. Le temps d'un rapide et dernier tour d'horizon, et nous voilà à nouveau dehors, constatant l'étendue des dégâts : la Fnac qui a déjà perdu ses airs de fête, et la masse de ceux qui vont continuer à cailler sec pour leur part de rêve, entre deux cosplays du pauvre, un clodo bourré qui insulte tout le monde, et des vigiles qui refusent de laisser re-rentrer les clients souhaitant échanger ou compléter leurs achats :

"Tu reviendras demain, dégage !", dit un vigile à un jeune qui, dans l'euphorie du moment, a confondu version X360 et PS3, tout en lui jetant son ticket de caisse à la figure. Pas de "demain", le mec en question vient d'Auxerre...


On peut du reste insister sur le comportement dédaigneux de la sécurité à l'égard des journalistes (les contraignant à un petit jeu de piste d'une demi-heure pour récupérer le badge presse qui leur permet de faire leur travail), mais aussi avec les gens, par leur ton et des gestes souvent agressifs.

 

Alors certes, il faisait froid, mais les fans, ça se respecte, bordel. Les gens qui font la queue pendant des heures ne sont ni venus pour qu'on les traite comme des chiens - bien que les laisser des heures dans le froid reste un procédé purement abject - ni pour qu'on les bouscule (verbalement ou physiquement). Et c'est peut-être ça qui nous a le plus énervés.

 

Signalons aussi une version Xbox 360 honteusement sous-représentée en termes de volume et de visuel (même les bornes dédiées étaient éteintes, à l'exception d'une seule... buggée), des "stars" hors-sujet et suffisantes, une organisation qui laissait à penser que tout était improvisé, et un staff visiblement là contre son gré.

 

La honte, le regret, l'amusement, mais ironique.


Il serait temps de respecter un peu plus les clients et acteurs du deuxième plus gros marché de média au monde, ou au moins d'être à la hauteur de ses ambitions, et de jouer le rôle qu'on s'attribue avec un peu plus d'enthousiasme et de crédibilité.

 

Notre Murgen à nous avec sa Xbox 360 Elite dans les mains

 

Finalement, nous sommes rentrés jouer pendant que Murgen gagnait le concours, et repartait avec la Xbox 360 Elite agrémentée du jeu.

 

On est comme ça à Gameweb.

 

                                                                                         Compte-rendu par Pete et Jay

 

Pete, Gameweb.fr
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