Parce qu'il y a des gens avec un cerveau, et qui le font fonctionner. Et il y a ceux qui jouent aux jeux vidéo comme ils mangeraient des salsifis.
Blague à part, Final Fantasy XIII s'inscrit dans la grande tradition des œuvres à la personnalité affirmée ; comme Final Fantasy VIII pour ne citer que lui, qui déclenchait, déjà en son temps, de vives polémiques. Notamment les abrutissants « c'est nul, c'est du Titanic, c'est une histoire d'amour pourrie ». Irritant.
Alors imaginez ce que l'on peut ressentir aujourd'hui en lisant « FFXIII, c'est un jeu de couloirs, c'est linéaire et c'est nul, ils ont supprimé les villages ». Irritant bis.
Bien évidemment, nous allons expliquer pourquoi cette vision est bas du front, et ainsi pourquoi les testeurs de jeux vidéo, à notre époque, ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
C'est comme si un jour, on lisait « 2001 c'est nul, il se passe rien et ça veut rien dire ». Idem.
Tout cinéphile qui se respecte achèterait un marteau de guerre et exploserait la tronche du dit-impie ; pas parce qu'il n'a pas le droit d'avoir un avis, non : juste parce qu'il dit des conneries. Sans doute aveuglé par un manque de recul considérable sur l'œuvre, ce qu'elle propose et ce qu'elle représente, il ne la comprend pas.
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Au sujet de Final Fantasy XIII, c'est la même chose. Il s'agit d'une œuvre risquée, assez peu accessible dans ses fondements et qui ne révèle son réel potentiel que lorsque le joueur cesse de jouer (vous n'êtes plus à un paradoxe près, de toute façon). Sur ce point précis, on peut adresser un carton rouge aux développeurs qui, à cause de leur sincérité, ont misé sur la subtilité en prétextant s'adresser à des gens qui réfléchissent. Un mot qui vise hélas à disparaître en cette époque du vulgaire, du tout cuit dans la bouche, c'est chaud, recrache donc.
Et le jeu d'en rajouter une couche avec une beauté prégnante, aveuglante ; peut-être trop affirmée pour espérer mener le regard (et l'esprit) sur le fond. C'est bien connu : depuis des années, les développeurs rivalisent d'inventivité « visuelle » pour masquer le néant du discours.
FFXIII est d'une beauté outrancière (le plus beau jeu sur une console, j'insiste), mais il est aussi et surtout une grande œuvre « intimiste », au message universel, troublant, véhiculé par les dialogues, l'observation de l'univers et ce fameux mariage du gameplay et de la narration.
Un risque, car jusqu'à présent, tout était plutôt « visible ». Naturellement, FF a toujours été une série exigeante, et a donné lieu à de violents brainstorming par le passé. Mais XIII se concentre sur une histoire plutôt simple, bien plus « humaine », plus « adulte » qu'auparavant. C'est en cela qu'il est universel.
Rien de volontairement alambiqué pour faire fantasmer le joueur. Une œuvre désespérément banale, mais qui va chercher bien plus loin qu'un traité philosophique académique.
C'est le premier point.
Le second est que Final Fantasy XIII, comme son nom l'indique, est l'héritier d'une tradition. Vingt ans d'excellence. Il fait partie de la plus prestigieuse licence du RPG, et d'une des meilleures séries de l'histoire du jeu vidéo, dont les codes sont solidement ancrés dans la roche.
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Il prend le risque de déconstruire sa propre mythologie, afin d'en affirmer le discours.
Forcément, cela passe par la suppression d'un certain nombre de paramètres : exploration moindre, disparition des PNJ « impliqués », des « villages »... Autant d'éléments qui ont défini le genre, mais sont aujourd'hui archaïques.
Et à bien y regarder, cela s'inscrit dans un processus logique :
La série a toujours fait la même chose.
On peut citer à nouveau FFVIII qui, avec sa structure narrative éclatée, révolutionnait déjà la série en son temps. Jusqu'à preuve du contraire, les boutiques étaient déjà des « écrans » dans cet épisode, et la création d'armes passait par le même concept... Quant aux « niveaux », n'étaient-ils pas déjà des couloirs (des fields, comme on appelle ça)... qui plus est en écran fixe ? Gardons tout ça pour un futur article, qui prouvera que ceux qui ont écrit « FFXIII est un jeu de couloirs, c'est linéaire et c'est nul, ils ont supprimé les villages » ont la mémoire courte.
A moins qu'ils n'aient jamais compris ce à quoi ils ont joué auparavant.
Résumons. Final Fantasy XIII divise, parce qu'il prend le risque de toucher aux acquis et d'aborder une nouvelle phase de sa mutation, en exploitant sciemment le mariage du gameplay et de la narration, et propose de fait une structure plus logique, plus « mature ».